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19/08/2015

Mercredi

 

       Mon problème de déglutition est revenu depuis quelques jours. Je n'arrive plus à manger depuis vendredi, je ne bois que du jus de fruits et du yaourt à boire. J'ai très faim pourtant, mais ça ne passe pas, ça m'angoisse Je suis très, très préoccupée et ça me bouffe complètement le moral.

       La première fois que ça m'est arrivé, il y a deux ou trois mois, j'avais essayé de joindre mon médecin, ma chère Dr T., mais en vain. Lundi, je suis allée à Melun avec Franck pour voir directement de quoi il retournait. Le cabinet est fermé, les volets sont clos et la plaque à l'entrée a disparu. Mon docteur s'est volatilisé. Il faut dire que je n'avais pas consulté depuis deux ans et demi. Je suppose qu'elle a pris sa retraite. C'est un peu dur, je l'aimais beaucoup et elle me connaissait bien. Je n'ai plus qu'à me trouver un nouveau médecin, ce qui ne me facilite pas les choses pour mon problème. Je vais essayer de téléphoner cet après-midi pour prendre un rendez-vous. Ça m'angoisse beaucoup, mais je ne vais pas pouvoir rester sans manger encore bien longtemps.

       Je suis seule aujourd'hui. Franck est parti assez précipitamment hier soir, après un petit accrochage entre nous, à propos de Philippe. Nous devions aller chez lui aujourd'hui. Mais Odile nous a lâché, comme elle l'a souvent fait ces derniers temps. Elle a prévu autre chose, nous laissant nous débrouiller. Puis c'est Franck qui a prétexté ressentir des vertiges et commencé à dire qu'il ne pourrait peut-être pas y aller non plus. Avec lui, il y a toujours quelque chose qui ne va pas, c'est littéralement épuisant. Ça m'a énervée qu'il remette encore en question ce qui était prévu, comme il le fait quasiment systématiquement. Du coup, j'ai fait la gueule, disant que je n'irai pas non plus chez Philippe, car c'est trop lourd pour moi seule, et il est rentré chez lui.

       Nous laissons donc complètement tomber Philippe pour cette semaine, et peut-être définitivement. Je ne sais pas comment il va faire, car il est évident qu'il n'a pas la force d'aller faire ses courses lui-même et il ne voit personne d'autre que nous. Franck et Odile semblent n'avoir aucun scrupule à le lâcher comme ça du jour au lendemain. Moi, j'en ai, mais je ne veux pas assumer ça toute seule. Je l'ai déjà fait deux fois, Franck et Odile ayant trouvé mieux à faire, et c'était très éprouvant. Je ne suis pas assez forte. Pourtant, je culpabilise.

       Ça devait arriver tôt ou tard. Comme je l'ai dit, Philippe n'avance pas et c'est très décourageant. Il ne fait absolument rien pour relever un peu la tête, au contraire. Pour les courses et le ménage, il s'est entièrement reposé sur nous, au lieu d'essayer de prendre une aide ménagère dont c'est le métier, par exemple. Les infirmière lui ont déjà proposé, il a refusé. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y met de la mauvaise volonté. Il n'a pas non plus un caractère facile, il faut le savoir, il n'est pas très coopérant. Parfois, nous lui proposons d'aller boire un verre, ou manger quelques frites quelque part, il refuse. Il préfère rester chez lui, sans voir personne et sans rien faire. Très décourageant. Bref, je crois qu'il n'y a rien à faire. Si Franck et Odile ne veulent plus l'aider, je ne peux rien faire. C'est un peu brutal quand même et aujourd'hui, Philippe ne va pas comprendre ce qui lui arrive.

       Le petit groupe que nous formions est en train de se disloquer et je vois revenir le spectre de l'ennui et de la solitude. C'était dur de me retrouver seule hier soir, angoissée par mon problème à la gorge, énervée et déçue par Franck, tracassée par l'abandon de Philippe. Je me sens un peu mieux ce matin parce que je ne subis pas Franck et que j'écris. Mais l'après-midi va être longue, je le crains.

       Je ne sais pas quand je reverrai Franck. Je ne sais pas du tout où il en est. En vérité, ça ne marche pas très fort entre nous. La seule chose qui nous rapproche, c'est la peur de la solitude, et en dehors de ça, il n'y a pas grand-chose. A part aller au CATTP, nous passons notre temps à ne rien faire. Je peux dire que s'ennuyer seul à longueur de temps, c'est épuisant, mais à deux, c'est encore pire. Franck ne s'ennuie pas, lui, se plaindre l'occupe déjà pas mal. Je ne suis là que pour l'écouter parler de sa vie que je connais par coeur tant il rabâche sans cesse les mêmes histoires, et pour subir ses problèmes incessants. Problèmes imaginaires la plupart du temps, il suffirait qu'il cesse un peu de se plaindre de tout à tort et à travers. Il ne s'arrête jamais. C'est épuisant pour moi, et surtout, je ne trouve plus rien à lui dire. Alors je me tais. Déjà que je ne parle pas beaucoup, ça ne s'arrange pas. A force, je finis par me trouver complètement inintéressante parce que je n'ai rien à dire. Parfois, je craque et je m'énerve, puis c'est la soupe à la grimace, comme hier soir.

        Le fait est que j'ai de plus en plus de difficultés à supporter Franck. Jusqu'ici, j'ai choisi de rester avec lui parce que c'est moins pire que la solitude. Moi qui pensais que je m'en étais sortie, je vois que ce n'est pas encore gagné. Je crois que je vais devoir m'y faire. Il fut un temps où je croyais me faire des amis, mais on dirait que c'est raté. Pas facile de trouver des gens avec lesquels ça marche, surtout quand on a des problèmes psychiques comme moi. La solitude me colle à la peau, c'est très angoissant.

        Allez, un truc positif quand même, c'est une semaine sans boire d'alcool. Je suis au moins contente de ça. Je vais essayer de dormir cet après-midi, et demain il y a une sortie avec le CATTP, ça va m'occuper.

       

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