Franck n'était pas bien aujourd'hui. En plus, c'était le jour de son injection. Ce matin, dès mon réveil, il me faisait déjà la gueule.
Il s'est plaint toute la journée de sensations bizarres dans la tête. Ce soir, il n'a pas beaucoup mangé. Hypoglycémie dans la nuit, comme c'est déjà arrivé une fois depuis sa sortie de l'hôpital ? Il a un petit appareil qui sonne si c'est le cas. Encore faut-il l'entendre. On verra bien.
Là, il s'est endormi avec sa machine à respirer. Il semble dormir paisiblement. Il respire régulièrement.
Il a appelé sa mère deux fois aujourd'hui. La première fois, ils se sont embrouillés, comme souvent. Ils sont aussi insupportables l'un que l'autre. Philippe n'a ni appelé, ni répondu depuis deux jours. Je crois qu'il fait la gueule parce qu'il n'a pas été invité samedi dernier. Nicolas est toujours hospitalisé. Il ne passe plus et écourte les appels de Franck.
Comme nous sommes seuls ! Comme je suis seule ! Personne à qui parler, personne avec qui sourire un peu. Franck ne pense qu'au sexe et à sa petite personne. Il n'y a que ses blagues de cul qui l'amusent. Pipi, caca, ça le fait rire. Le reste du temps, il se regarde le nombril. Et je dois écouter.
Je souffre. Chaque jour. Je redoute de me lever le matin, en me demandant quelle pauvre journée je vais encore passer.
Partir ? Facile à dire. Où ? Comment ? Et toute seule comme toujours.
Et si je me disais tant pis, c'est comme ça, c'est ma vie et je n'ai qu'à l'accepter. Une vie sans joie et surtout sans amour d'aucune sorte, tant pis, c'est ma vie, c'est comme ça. Un jour, il se passera quelque chose, on verra bien quoi.
Mon psy est gentil, il m'écoute, il me fait mon ordonnance, mais il n'a pas de solution.
Je m'ennuie profondément.
Franck se réveille, je quitte, sinon il vient espionner ce que j'écris derrière moi.